Qu’est-ce que le jeu de rôle sur internet ?

Rédigé par Sim Kaali.

« Le monde entier est un théâtre » disait Shakespeare.

Theatre

Reconstitution expérimentale des Ludi scaenici, Théâtre Antique d’Arles – « Bin j’ai mal à mon dos ma pov’ p’tite Lucienne ! »

On peut le dire, le jeu de rôle existe depuis la naissance de l’homme. Dans sa matière la plus brute, il s’agit ni plus ni moins que d’un enfant jouant à la dinette, jouant au pompier, aux poupées, au policier, à imiter ses parents.« Jouer à… » est plein de sens : aussi jeune soit-il, il se met dans la peau de quelqu’un d’autre pour vivre des aventures. Ce jeu lui permet d’appréhender le monde, car il y découvre des choses insoupçonnées. Il se découvre de la passion, il imagine des peurs, les affronte avec un courage certes simulé, mais un courage quand même, apprend à adapter et modeler son caractère, à réagir en fonction des situations. Mais l’enfant n’est pas le seul à user de ce stratagème : le plus évident des jeux de rôles, et pourtant celui auquel on ne pense pas nécessairement, est sans aucun doute celui utilisé par les acteurs et comédiens. Comme son nom l’indique, le « jeu de rôle » consiste à « jouer » un « rôle », or donc le comédien va bel et bien interpréter lui-même un personnage, en apparence pour une raison qui est en dehors du soi ; pour une raison purement matérielle et altruiste : raconter une histoire à un public. Pourtant, il suffit de creuser un peu pour se rendre compte qu’il trouve dans le théâtre un outil hors pair, pour mieux se connaitre, pour gagner en assurance ou en diction, pour combattre ses peurs. Nous ne sommes donc, finalement, que dans une version plus adulte du jeu d’enfant.

Jeu d'enfant

Toy Story 3 – Disney/Pixar – « Hé Woody, t’inquiètes ce n’est pas un vrai hamburger ! « 

Jouer pour mieux comprendre.

En soulignant l’importance que le jeu peut avoir dans l’apprentissage d’un enfant ou que le théâtre – ou le plateau de tournage – peut avoir pour un comédien, il n’est pas étonnant de découvrir que le jeu de rôle peut aussi être employé dans des cas de psychothérapie ou de coaching : les adultes aussi, ont besoin d’apprendre. La psychologie cognitive et comportementale s’en inspire grandement. En donnant au sujet un rôle qui n’est pas le sien, le thérapeute lui permet de comprendre ses erreurs, de réécrire la manière dont il perçoit les signes que lui envoie le monde.

 

Le jeu de rôle de formation. 

Dans les années 50, nait le jeu de rôle de formation. Que ce soit par le biais de rôles sociaux ou professionnels, il s’agit de confronter un individu à des situations données, proches de celles auxquelles il risque d’être confronté par la suite. C’est en fait ni plus ni moins qu’une simulation, permettant de prévenir ou de corriger des erreurs. L’exemple le plus parlant étant aujourd’hui ces machines virtuelles qui permettent d’apprendre à conduire un avion, une voiture ou un quelconque véhicule avant même d’en toucher un véritable. Cette méthode est directement issue d’un monde que vous connaissez bien : les jeux vidéos (voir le point suivant).

Notons par ailleurs l’importance du jeu de rôle dans l’apprentissage linguistique : il est fréquent d’entendre dire que l’on peut jamais mieux apprendre une langue qu’en étant immergé dans un pays qui l’utilise. Faute de mieux, il est alors fréquent de voir dans une classe d’anglais des élèves qui s’amusent à se mettre en situation : je viens acheter un produit, je cherche un monument, je suis perdu, je voudrais débattre sur un sujet etc. À la manière d’une pièce de théâtre, le jeu semble propice à une activité orale et à l’appréhension d’une réalité que l’on souhaite dompter. Par ailleurs, il permet d’aborder les choses avec une pédagogie ludique qui vise à rendre la formation « plus attrayante ».

Simulation avion

© PHOTO QUENTIN SALINIER – « Avec Simulation3000, je vais être au top pour ma nuit de noce ! » – Harry Sanford

Le jeu de rôle dans les jeux vidéos. 

Naturellement, dans notre société actuelle, la forme la plus répandue du jeu de rôle est sans aucun doute celle apportée par l’arrivée des jeux vidéos. Si au départ, l’utilisateur n’avait qu’un choix très limité d’actions possibles, il devait néanmoins dès le commencement « incarner » quelqu’un ou quelque chose qu’il n’était pas. Dans Pacman, pour rester simple, nous sommes tous amenés à nous prendre pour cet espèce de fromage-mangeur-de-fantôme sans même nous apercevoir que nous nous projetons sur lui. Tous, sans exception, nous poussent à trouver une solution à un problème donné. Petit à petit, les jeux vidéos se sont développés et avec des jeux comme l’excellente série Fable de Lionhead Studios, les joueurs ont vu leur champ d’action accroitre, car ils offraient plusieurs choix possible. Choisir entre le Bien et le Mal, sauver quelqu’un ou le laisser mourir… Le joueur dispose alors des outils nécessaires pour se créer sa propre aventure. L’arrivée des jeux en POV (Point of View), permettant de jouer en voyant à travers les yeux du personnage, marque un lien plus fort encore entre le personnage et le joueur. Mais la véritable révolution fut probablement les premiers MMORPG (Massively Multiplayer Online Role Playing Games), permettant à chacun des joueurs de discuter et interagir avec d’autres, sans bouger de chez soi et au travers de son « avatar » (apparence virtuelle). Ainsi, les jeux vidéos ont recréé une véritable communauté virtuelle. Deux amis lycéens peuvent se retrouver le soir et endosser leur rôle respectif d’elfe et d’assassin, pour partir à la conquête d’un terrible trésor.

Fable III - Choix

Fable III de Lionhead studios – « Décidez-vous de repartir ensemble, ou séparément ? »

Enfin, petite mention spéciale pour ce que l’on appelle les Sandbox – les jeux « bac à sable » – qui permettent aux joueurs, avec des principes très simples, de créer lui-même son propre monde, ses propres histoires. On rend on joueur la liberté qu’il perd dans une intrigue scénarisée. Minecraft de Mojang permet, par exemple, à quiconque de créer ses villes, ses bâtiments, ses propres objets. Un jeu comme Les Sims ne peut pas, à proprement parler, être considéré comme un jeu sandbox, mais il suit une orientation qui lui est proche : il s’agit cette fois, véritablement, d’incarner une autre vie que la nôtre, dans un univers qui – pourtant – pourrait être le nôtre.

Minecraft - Screenshot

Minecraft de Mojang – « Dans la vie, moi, je sais rien faire. Mais sur Minecraft, je construis des villes entières mon bonhomme ! »

 

Le jeu de rôle sur table.

Le jeu de rôle sur table est né dans les années 70 de l’influence de la fantasy. C’est à cette forme de jeu que l’abréviation JdR ou RPG en anglais fait référence en priorité. Il s’agit d’un jeu de société dans lequel chaque joueur choisit un personnage, dont il sera le maitre, du début jusqu’à la fin de la partie. Cette dernière, est dirigée par un « maitre du jeu » (MdJ), qui expose aux joueurs l’intrigue principale et énonce les obstacles rencontrés. Les joueurs, eux, annoncent à l’oral les actions qu’ils souhaitent perpétrer et, à l’aide d’un lancé de dés effectué par ce dernier, le maitre du jeu constate la réussite ou l’échec de ces actions. Le jeu de rôle sur table se joue traditionnellement avec deux dés, des crayons et du papier. Le maitre du jeu dispose d’une feuille de route lui permettant de maitriser au mieux la partie. Au fil de l’aventure, chaque joueur peut acquérir de nouvelles compétences ou de nouveaux objets, mais il peut aussi en perdre, voire périr.

Le jeu de rôle sur table est souvent vu comme un loisir de geek, les univers utilisés étant très souvent ceux issus de la fantasy.

Jeu de role sur table

Jeu de rôle sur table – « Dites les mecs, vous êtes sûrs qu’on a assez de dés ? Je ne voudrais pas manquer… »

Les livres dont vous êtes le héros.

Ces livres ne sont pas bien différents des jeux de rôle sur table, à la différence qu’il n’y a ni maitre du jeu, ni joueurs autre que vous-même. Organisés très différemment des livres classiques, ils offrent au lecteur une aventure différente à chaque lecture, grâce à un système, soit de dés, soit de choix multiples. Vous avez fait un deux ? Rendez-vous à la page 33. Vous choisissez de secourir George malgré les risques que cela suppose ? Rendez-vous à la page 124.  Chaque paragraphe du livre, explicite une action ou une conséquence qui peuvent d’être amenées à différents stades de l’histoire.

Livre dont vous êtes le héros

Blog LeMonde.fr – « Graoumpfff, moi j’comprends pas tout là ! »

Le Play by Post

Littéralement « Jouer par post ». Un post, c’est un message que va inscrire un utilisateur sur un forum. Le play by post (ou PbP) consiste donc en un jeu de rôle sur forum, ce que nous appelons couramment « forum rpg » ou « forum jdr » ou, que le site Infinite-rpg classe dans la catégorie « rpg textuel », y intégrant tous les jeux de rôle par réseaux sociaux, sms, messagerie instantanée… Les forums rpg sont à mi-chemin entre les jeux de rôle sur table et les livres dont vous êtes le héros.  Permettant aux gens d’interagir virtuellement les uns avec les autres par écrit, chaque membre du forum choisit un ou des personnage(s) qu’il définit lui-même (ou qu’il choisit dans une base de données) et dont il sera l’unique propriétaire. À l’image du jeu de rôle sur table, où un joueur annonce ce qu’il compte faire, le joueur sur forum décrit les actions et opinions de son personnage par écrit (via l’utilisation d’un code graphique : italique pour les actions, entre astérisque pour les pensées, guillemets pour les paroles etc.) et uniquement les siennes. Viendra, ensuite, lui répondre un second joueur qui possède un personnage différent, puis un autre et encore un autre. Chaque nouveau sujet est une nouvelle aventure et, en général, le créateur de celle-ci se positionne comme étant le maitre du jeu et oriente l’intrigue selon sa volonté, tout en laissant une certaine liberté aux joueurs.

Finalement, le PbP s’apparente beaucoup à ce que j’appellerais un « récit participatif » ou « récit à plusieurs auteurs ». C’est un peu comme si plusieurs écrivains se rassemblaient pour écrire un roman, mais que chacun n’avait le droit que d’écrire ce qui concerne un unique personnage, comme l’on ne bouge que son propre pion sur un jeu de société. Le but étant que chacun des auteurs ait un personnage au caractère et aux atouts différents.

Le PbP est très méconnu du grand public et a pourtant une immense communauté. Pendant fort longtemps, il fut la possession d’une génération d’adolescents entre 10 et 16 ans, avec des histoires assez limitées, et des forums aux designs repoussants, mais cette génération ayant grandi, on voit aujourd’hui nombre de forums rpg de qualité se développer et atteindre un niveau littéraire des plus intéressant.

Voilà ce qu’est le jeu de rôle sur internet et c’est principalement de ce dernier dont parle ce blogue. 

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