Quels changements amène le web 2.0 ?

Rédigé par Sim Kaali.

© Web 2.0 summit – CC Flick – Certains droits réservés par Kevin Krejci

Le terme Web 2.0 est très fréquemment employé sans que l’on ne sache véritablement ce qu’il désigne. Dans cet article, je vais donc très rapidement vous expliquer ce qu’est le web 2.0 afin de comprendre ce qu’il peut apporter de nouveau à l’écriture.

Le Web 2.0, c’est quoi ?

Le web 2.0 est, pour commencer, le successeur de ce que l’on peut qualifier de web 1.0. Le web, ou plutôt le World Wide Web, n’est qu’une utilisation parmi d’autres d’internet, cohabitant avec votre courrier électronique, votre logiciel torrent, votre messagerie instantanée etc. Il est l’utilisation la plus fréquente pour les utilisateurs lambda comme vous et moi. C’est une toile tissée entre différents réseaux, différents ordinateurs, différents lieux, différents pays, inventée par Tim Berners-Lee et Robert Caillau et qui fonctionne par le biais d’un système hypertexte. Cela signifie qu’on a différents liens, considérés comme les « nœuds de la toile », qui permettent de sauter de l’un à l’autre. Grossomodo, c’est ce que vous connaissez tous : je suis sur google, je clique sur un lien qui m’amène sur un site, je clique sur un autre lien j’arrive sur un autre site et ainsi de suite. Le terme « hypertexte » est déjà en soi intéressant, car il désigne un « texte supérieur », un texte qui irait au-delà de toute linéarité puisque c’est l’utilisateur qui choisit s’il est pertinent ou non de se rendre à tel ou tel endroit – ce qui n’est pas sans nous rappeler les Livres dont vous êtes le héros, dont nous avons parlé dans notre article précédent.

Le terme 2.0 est apparu lorsque le web s’est métamorphosé en quelque chose de nouveau, de différent et que l’on peinait à considérer qu’il s’agissait de la même chose. Le web 1.0 offrait du contenu purement statique, c’est-à-dire que l’utilisateur ne pouvait que lire et voir sans aucune interaction. Cette dernière est apparue avec le web 1.5 qui a vu naitre les pages dynamiques et avec elle les premiers échanges entre utilisateurs. Puis est arrivé le web 2.0. L’expression trouve son origine lors d’une réunion entre Tim O’Reilly et le MediaLive International qui visait à préparer une conférence en 2004, le « Web 2.0 summit ». Cependant, c’est en 2005 que Tim O’Reilly marque le coup avec « What is web 2.0 », un texte dans lequel il met en exergue les grandes caractéristiques de cette nouvelle plate-forme : le fait de tirer parti de l’intelligence collective et de la contribution de chacun (les dictionnaires laissent place à Wikipédia), la puissance des données (récolter les informations des utilisateurs pour créer des applications nouvelles), les mises à jour automatiques, une programmation plus légère, l’enrichissement de l’expérience utilisateur avec des nouvelles technologies (AJAX), le web n’est plus aussi dépendant du personal computer.

Concrètement cela veut dire quoi ?

Du participatif ! Du collaboratif ! Cela veut dire plus de contenus avec plus de points de vues, plus de personnalités, plus d’échanges. Ce sont les blogs, les réseaux sociaux, les forums. On dit au revoir à la solitude et on prend le pari de la collaboration. L’exemple le plus parlant reste, encore une fois, Wikipédia : pour faire une encyclopédie plus que complète, on décide de fournir à chacun et chacune la possibilité de partager les connaissances qu’elle possède. Le web 2.0, c’est l’appropriation du web par les utilisateurs. Ils ne sont plus de simples clients qui regardent le web, ils font le web.

L’écriture 2.0

Ce qui nous intéresse, nous ici, c’est comment des auteurs, au sens très large du terme en allant des professionnels aux enfants, peuvent s’approprier ce média. N’y allons pas par quatre chemins : le web 2.0 facilite la création d’oeuvres collaboratives, roman y compris. De nombreux auteurs se sont amusés, un jour ou l’autre, à écrire des correspondances, à créer une histoire en commun. La nouvelle plateforme que représente le web est sans limite et ouvre donc des possibilités plus qu’intéressantes en terme d’écriture. Pourtant, cela ne se développe que très peu et l’on en reste bien souvent à un simple partage. Jean-Pierre Balpe, un pionnier en matière de littérature liée à l’informatique (dont vous pouvez trouver le blog ici), dit ceci : « Je suis frappé du fait que la plupart des blogs dit « littéraires » utilisent ce support comme un simple moyen d’autoédition sans vraiment s’intéresser à ce qui en fait les particularités : dimension de l’écran, possibilités multimédias et, surtout, possibilité de créations de réseaux de liens avec possibilité de hiérarchisation. ». Il reste encore beaucoup à faire dans ce domaine.

Le jeu de rôle par forum m’apparaît être l’une des formes de cette « écriture 2.0 » qui n’attend qu’à être développée et que l’on se saisisse véritablement d’elle. Après tout, si de très bons auteurs se mettent à créer ensemble une histoire, chacun jouant sa partition sur la durée et dans le présent grâce aux possibilités d’internet, n’obtenons-nous pas, alors, une véritable symphonie ? Or, un orchestre n’est-il pas tout aussi passionnant, voire plus encore dans certains cas, qu’un violoncelle seul ?

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Dans les abysses de la « web-écriture »

Rédigé par Sim Kaali.

«  Il était une fois, dans les confins d’un monde immense et sans limite, un terrible seigneur qui régnait en maître sur l’ensemble de ses sujets. Particulièrement égocentrique et probablement en manque d’affection, il souhaitait de tout coeur que quiconque s’intéresse à lui. Alors, en tout temps et à toute occasion, il monopolisait tous les mots, toutes les paroles et tous les discours ; il s’appropriait tous les visuels et décidait ceux qui devaient être et ceux qui ne devaient pas être ; il contrôlait toutes les routes et tous les détours possibles. En sommes, il avait le pouvoir absolu. Il faut dire que ses sujets n’avaient jamais appris à parler et ne pouvaient en aucun cas exprimer leurs mécontentements ou leurs envies. 

Mais un jour, vint un seigneur d’une toute autre trempe. À l’inverse du premier, il était partisan du partage sans condition, de la liberté pour tous et de l’échange verbal. Alors, sans rien demander en retour, il apprit aux sujets à parler. Et alors, les premiers mots de ces derniers furent des louanges qui lui étaient adressées. Très vite, ce seigneur là prit la place du premier et il naquit une nouvelle ère : celle de la communauté. « 

Pardonnez-moi d’avoir usé de ce stratège oratoire vieux comme le monde, consistant à interpeler une foule en lui racontant une histoire. Vous aurez peut-être reconnu en le premier seigneur ce que l’on nomme le web 1.0 et, en toute logique, en le second le web 2.0.

Le web 1.0 est, par définition, le web dans sa première version. Le contenu était maître car il n’y avait pas vraiment d’interactivité : la plupart des sites étaient statiques, en HTML, ou bien ne souhaitaient pas donner de pouvoir à l’utilisateur. Mais les technologies se développant et les internautes s’appropriant la toile, il ne fit pas long feu car l’on comprit très vite que tout l’intérêt se jouait dans le dialogue et l’échange. Il est évident que les réseaux sociaux tels que Facebook, Twitter, ou bien MySpace bien avant ont joué un rôle capital dans cette évolution. Ordinateur de travail, ordinateur portable, micro-ordinateur, PDA, tablette, smartphone… On ne compte plus les différents points d’accès à internet et à sa communauté.

Aujourd’hui, tout le monde s’accorde à dire que le web 2.0 est un outil essentiel, nécessaire et inévitable dans de nombreux domaines. De nombreuses professions s’intéressent et s’interrogent sur la manière d’aborder ce médium encore jeune et l’on voit fleurir ici et là des blogues de chercheurs, d’expérimentateurs, de concepteurs, dans bien de domaines : l’éducation, la muséologie, l’entrepreneuriat, le journalisme, la photographie, la musique, l’audiovisuel…  Mais, étrangement, le domaine de l’écriture semble délaissé. Parce qu’écrire sur son ordinateur ou sur une feuille c’est toujours écrire, on pense à tort  qu’il n’y a aucun changement. Il y a pourtant un phénomène que je côtoie depuis que je suis âgé de dix ans qui me paraît avoir un intérêt extrême mais sur lequel je n’ai pu trouver que très peu de choses sérieuses : le jeu de rôle par forum.

Peut-être parce qu’il est méconnu des adultes, peut-être parce que l’on pense qu’il s’agit d’une activité de geek, peut-être parce que l’on pense que ce n’est que du jeu vidéo un peu différemment, ou pour d’autres raisons, il n’existe que très peu d’écrits sur le sujet. Or, en plus de dix ans de pratique, j’ai découvert dans ce loisir un outil d’écriture absolument extraordinaire : apprendre à écrire, à ficeler une intrigue, à créer des personnages, à prendre en compte les actions et les pensées des autres, développer son imagination, étudier le microcosme sociétal… C’est parce que j’y vois une multitude de choses défendables, pertinentes et remarquables autant d’un point de vue purement artistique que pédagogique ou social, que je décide d’y consacrer ce blogue.