Dans les abysses de la « web-écriture »

Rédigé par Sim Kaali.

«  Il était une fois, dans les confins d’un monde immense et sans limite, un terrible seigneur qui régnait en maître sur l’ensemble de ses sujets. Particulièrement égocentrique et probablement en manque d’affection, il souhaitait de tout coeur que quiconque s’intéresse à lui. Alors, en tout temps et à toute occasion, il monopolisait tous les mots, toutes les paroles et tous les discours ; il s’appropriait tous les visuels et décidait ceux qui devaient être et ceux qui ne devaient pas être ; il contrôlait toutes les routes et tous les détours possibles. En sommes, il avait le pouvoir absolu. Il faut dire que ses sujets n’avaient jamais appris à parler et ne pouvaient en aucun cas exprimer leurs mécontentements ou leurs envies. 

Mais un jour, vint un seigneur d’une toute autre trempe. À l’inverse du premier, il était partisan du partage sans condition, de la liberté pour tous et de l’échange verbal. Alors, sans rien demander en retour, il apprit aux sujets à parler. Et alors, les premiers mots de ces derniers furent des louanges qui lui étaient adressées. Très vite, ce seigneur là prit la place du premier et il naquit une nouvelle ère : celle de la communauté. « 

Pardonnez-moi d’avoir usé de ce stratège oratoire vieux comme le monde, consistant à interpeler une foule en lui racontant une histoire. Vous aurez peut-être reconnu en le premier seigneur ce que l’on nomme le web 1.0 et, en toute logique, en le second le web 2.0.

Le web 1.0 est, par définition, le web dans sa première version. Le contenu était maître car il n’y avait pas vraiment d’interactivité : la plupart des sites étaient statiques, en HTML, ou bien ne souhaitaient pas donner de pouvoir à l’utilisateur. Mais les technologies se développant et les internautes s’appropriant la toile, il ne fit pas long feu car l’on comprit très vite que tout l’intérêt se jouait dans le dialogue et l’échange. Il est évident que les réseaux sociaux tels que Facebook, Twitter, ou bien MySpace bien avant ont joué un rôle capital dans cette évolution. Ordinateur de travail, ordinateur portable, micro-ordinateur, PDA, tablette, smartphone… On ne compte plus les différents points d’accès à internet et à sa communauté.

Aujourd’hui, tout le monde s’accorde à dire que le web 2.0 est un outil essentiel, nécessaire et inévitable dans de nombreux domaines. De nombreuses professions s’intéressent et s’interrogent sur la manière d’aborder ce médium encore jeune et l’on voit fleurir ici et là des blogues de chercheurs, d’expérimentateurs, de concepteurs, dans bien de domaines : l’éducation, la muséologie, l’entrepreneuriat, le journalisme, la photographie, la musique, l’audiovisuel…  Mais, étrangement, le domaine de l’écriture semble délaissé. Parce qu’écrire sur son ordinateur ou sur une feuille c’est toujours écrire, on pense à tort  qu’il n’y a aucun changement. Il y a pourtant un phénomène que je côtoie depuis que je suis âgé de dix ans qui me paraît avoir un intérêt extrême mais sur lequel je n’ai pu trouver que très peu de choses sérieuses : le jeu de rôle par forum.

Peut-être parce qu’il est méconnu des adultes, peut-être parce que l’on pense qu’il s’agit d’une activité de geek, peut-être parce que l’on pense que ce n’est que du jeu vidéo un peu différemment, ou pour d’autres raisons, il n’existe que très peu d’écrits sur le sujet. Or, en plus de dix ans de pratique, j’ai découvert dans ce loisir un outil d’écriture absolument extraordinaire : apprendre à écrire, à ficeler une intrigue, à créer des personnages, à prendre en compte les actions et les pensées des autres, développer son imagination, étudier le microcosme sociétal… C’est parce que j’y vois une multitude de choses défendables, pertinentes et remarquables autant d’un point de vue purement artistique que pédagogique ou social, que je décide d’y consacrer ce blogue.